18/12/2025
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Les erreurs coûteuses commises par les acheteurs lors de la construction d’un bateau, et comment les éviter


L’achat d’un bateau neuf est un voyage plein d’émotions, mais pour éviter une déception qui peut coûter cher, il faut bien comprendre les risques et les responsabilités en jeu. L’enthousiasme suscité par la conception, les performances et les délais de livraison peut facilement éclipser des détails essentiels qui, s’ils sont négligés, peuvent se transformer en erreurs coûteuses par la suite.


J’ai rencontré Anastasia Sazanova, conseillère juridique de Jonacor Yachts, au Superyacht Summit Türkiye, où nous avons parlé de l’importance de contrats solides dans les projets de nouvelles constructions. Je lui ai demandé quelles étaient les plus grosses erreurs commises par les acheteurs lors de la construction d’un yacht, et elle m’a fait part de quatre d’entre elles, très coûteuses, ci-dessous.

 

Anastasia Sazanova au Superyacht Summit Türkiye 2025


1. Une diligence insuffisante : l’une des omissions les plus graves, qui peut sérieusement compromettre la position du client à long terme, est de ne pas vérifier la fiabilité du chantier naval. Très souvent, le client est déjà profondément amoureux du modèle de yacht, impressionné par l’hospitalité du chantier et plein de confiance et il ne s'occupe plus vraiment à vérifier des paramètres importants. Malheureusement, tout ce qui brille n’est pas or. En plus de dix ans de pratique, j’ai vu des chantiers navals entamer des procédures d’insolvabilité quelques semaines seulement après avoir enregistré de nouvelles commandes lors d’un salon nautique apparemment réussi. Les yachts sont une affaire d’émotions, mais c’est précisément là qu’il faut faire preuve de rationalité. Je recommande vivement de recueillir et de recouper des informations sur le chantier naval : examinez les données financières disponibles, parlez aux courtiers et aux experts (ces personnes sont généralement les premières à détecter les problèmes), demandez combien de coques ont été achevées ou sont en cours de construction, s’il y a des retards de la part des fournisseurs et pour quelles raisons. Un litige ou un arbitrage est la dernière chose que vous souhaitez. Mais si le chantier s’effondre après que vous avez payé des acomptes, vous risquez de passer votre temps au tribunal à essayer de récupérer au moins une partie de votre argent, même dans le cadre d’un contrat "parfait".

 

2. Une mauvaise planification des flux de trésorerie : d’après nos dossiers, un autre problème récurrent est le manque d’attention portée à la planification des flux de trésorerie, non pas en termes de fonds globaux, mais en termes de capacité à effectuer des virements bancaires en temps voulu. Aujourd’hui, les procédures KYC sont très strictes, en particulier en Europe, et la surconformité est réelle. Les problèmes bancaires peuvent devenir, et deviennent, des facteurs de rupture. Les acheteurs doivent être prudents dans leurs relations avec leur propre banque et celle du chantier naval. De nombreux clients croient à tort qu’ils peuvent résilier le contrat à tout moment et récupérer leur argent si des problèmes financiers, bancaires ou organisationnels surviennent ou s’ils perdent simplement tout intérêt dans leur achat. En réalité, aucun chantier naval ne le permet. En règle générale, si un versement n’est pas effectué, après un délai de grâce, le chantier revend la coque inachevée ou l’achève et la revend, et ce n’est qu’après une revente réussie que le solde est remboursé, s’il reste quelque chose après déduction des coûts. Le prix d’une mauvaise planification de la trésorerie peut donc être extrêmement élevé.


3. Ne pas garantir le titre de propriété : de nombreux acheteurs partent du principe que le titre de propriété ne peut être transféré qu’après le paiement intégral et la livraison. Ce n’est pas la seule structure possible. Lorsqu’il verse des acomptes, l’acheteur doit s’attendre à une certaine forme de protection garantissant que les fonds sont utilisés pour son yacht et que la coque est séparée des actifs du constructeur en cas d’insolvabilité. La protection de base consiste à lier chaque versement à une étape spécifique de la construction. Trois options permettent d’améliorer la protection. La première consiste à négocier un transfert anticipé du titre de propriété, lorsque la législation locale autorise l’enregistrement de la coque au nom de l’acheteur alors qu’elle est encore en construction. Si un transfert anticipé n’est pas possible, une garantie bancaire peut être demandée, bien que cela augmente généralement les coûts de 3 à 5 %. Le troisième scénario combine les deux premières options : une garantie bancaire couvrant les versements initiaux, suivie d’un transfert de propriété à l’acheteur à un stade intermédiaire du processus de construction. Dans la pratique, cependant, même les chantiers navals bien établis et de grande renommée sont rarement disposés à offrir une protection à l’acheteur au-delà de la structure de base "versement quand une étape est atteinte".

 

4. Signer sans conseil juridique : il y a beaucoup d’autres questions juridiques, moins importantes mais qu'il faut tout de même prendre en considération. C’est précisément la raison pour laquelle il est fortement conseillé de demander un avis juridique avant de signer un contrat. Cela dit, le fait de consulter un avocat maritime ne signifie pas automatiquement que vous obtiendrez un contrat idéal. La plupart des chantiers navals insistent sur leurs formulaires standard, rédigés pour protéger le constructeur plutôt que l’acheteur, et sont souvent réticents à les modifier. Néanmoins, un avocat identifiera clairement le déséquilibre et s’assurera que vous le comprenez avant de signer, en particulier si le constructeur s’oppose fermement à toute modification. L’examen juridique devient absolument crucial pour les yachts de plus de 20 mètres et lorsque la construction dure plus d’un an.

Parfois, la meilleure décision à prendre est tout simplement de renoncer, même si vous êtes toujours amoureux de l’idée de posséder ce yacht.